Proust réenchante le monde à Wolubilis

On a tout dit de Proust, il faut le lire et l'entendre. Voici une de ses musiques qui m'a plu:

… J’allai me mettre un instant à la fenêtre. Il y eut d’abord un silence, où le sifflet du marchand de tripes et la corne du tramway firent résonner l’air à des octaves différentes comme un accordeur de piano aveugle. Puis peu à peu devinrent distinct les motifs entre-croisés auxquels de nouveaux s’ajoutaient. Il y avait aussi un nouveau sifflet, appel d’un marchand dont je n’ai jamais su ce qu’il vendait, sifflet qui, lui, était exactement pareil à celui d’un tramway, et comme il n’était pas emporté par la vitesse on croyait à un seul tramway , non doué de mouvement, ou en panne, immobilisé, criant à petits intervalles, comme un animal qui meurt. Et, il me semblait que , si jamais je devais quitter ce quartier aristocratique – à moins que ce ne fût pour un tout à fait populaire-  les rues et les boulevards du centre (où la fruiterie, la poissonnerie, etc… stabilisées dans de grandes maisons d’alimentation, rendraient inutiles les cris des marchands, qui n’eussent pas, du reste , réussi à se faire entendre) me sembleraient bien mornes, bien inhabitables, dépouillés, décantés de toutes ces litanies des petits métiers et des ambulantes mangeailles, privés de l’orchestre qui venait me charmer dès le matin.

(Marcel Proust, A la Recherche du temps perdu –  t.XI la prisonnière, p 169, Gallimard 1947)

Pour prendre le goût de Proust, rien de tel que d'entendre et de voir Raphaël ENTHOVEN. Il sera à Wolubilis le 28 janvier. Moi aussi.

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